Une promenade architecturale intérieure au couvent de la Tourette
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Théorisée par l’architecte Le Corbusier, à la fin des années 1920, la « promenade architecturale » à été plus qu’ébauchée, quelques années auparavant, pour la Maison La Roche à Paris.
Pour la première fois, à l’intérieur d’une maison, un parcours architectural est proposé grâce à des éléments structurants, mis au service de l’observation.
On retrouve ainsi des escaliers ouverts, un balcon et une passerelle offrant aussi des vues sur l’extérieur, des mezzanines et autres ouvertures dans les murs, et surtout, l’élément incontournable de toute promenade architecturale : la rampe d’accès.

Au début des années 1930, Le Corbusier peaufine son idée pour la villa Savoye à Poissy en augmentant l’importance des rampes d’accès, à l’intérieur, comme à l’extérieur, bouclant complètement, avec des escaliers, un parcours allant du rez-de-chaussée au toit terrasse, et inversement.
Dans la mise en scène de son architecture, telle qu’elle est proposée par ses promenades intérieures, on ne peut ignorer le coté égotique qui caractérise Le Corbusier et qui transparaît dans ses projets, comme celui de son fameux Modulor.
Son concept a, sans doute, inspiré de nombreux autres architectes à l’égo affirmé, en particulier ceux qui ont eu la possibilité de concevoir des musées, où l’architecture se doit de rivaliser avec les œuvres exposées.
Il est à noter que la seule rampe d’accès de la maison La Roche se trouve justement dans la galerie de tableau d’un collectionneur, car elle permet d’admirer autant l’art que l’architecture.
Depuis la première moitié du XXe siècle, de nombreux musées comportent de grandes rampes d’accès intérieures, ou de vastes ensembles d’escalators, qui participent pleinement à la mise en scène de la promenade architecturale
La raison principale n’est pas l’accessibilité des personnes handicapées (les ascenseurs étant plus rapides et efficaces).
Très souvent, le cheminement du visiteur se doit de passer, avant de voir les œuvres, par une étape d’admiration, plus liée à l’architecture du bâtiment et à la postérité recherchée par son auteur.
Une sélection d’exemples (non exhaustifs) à travers le temps :

En 1932, l’escalier-rampe hélicoïdal de Giuseppe Momo au Musée du Vatican.
En 1959, le Guggenheim Museum de New York de l’architecte Franck Lloyd, qui fait office de précurseur des musées modernes avec sa rampe d’accès hélicoïdale intérieure qui magnifie l’architecture et fait corps avec la visite complète.

En 1975, dans le musée enterré de Lugdunum à Lyon, l’architecte Bernard Zehrfuss imagine un plateau tournant en pente douce avec des perforations entre les niveaux et des canons à lumière. Il constitue encore l’un des meilleurs exemples d’une promenade architecturale qui s’intègre au milieu des œuvres (vestiges archéologiques).
En 1977, à Paris, les architectes du Centre Pompidou, Renzo Piano et Richard Rogers, pensent leur visite architecturale à travers des Escalators placés dans des tubes transparents, qui font office de rampe d’accès mécanique.

En 1995, le MACBA à Barcelone, conçu par Richard Meier, propose une immense rampe d’accès continue le long d’une façade vitrée, dans un grand atrium de 3 étages, qui dessert tous les niveaux d’exposition.
En 2003, dans le MAXXI de Zaha Hadid, à Rome, un système de rampes intérieures et de passerelles obliques organise la circulation dans les volumes en rubans de béton, révélant par la marche les perspectives complexes du bâtiment.

En 2013, à Marseille, la promenade architecturale du Mucem de Rudy Ricciotti en fait presque le tour et est reliée à une immense rampe d’accès extérieure qui rejoint le toit du bâtiment.

En 2014, dans le chaos déconstructiviste du musée Confluence de Coop Himmelb(l)au, à Lyon, on retrouve dans l’atrium toute la panoplie des constituants modernes du parcours architectural avec la rampe d’accès suspendue, de grands Escalators et des escaliers ouverts.
Au début des années 1930, soit 3 ans après la villa Savoye de Le Corbusier, et 25 ans avant la rampe en spirale du musée Guggenheim, l’architecte Auguste Bossu conçoit les Chalets de Bizillon, à Saint-Étienne, dans la Loire.
Uniques au monde, il s’agit de deux immeubles de 6 étages construits sans escaliers !
Une seule rampe d’accès circulaire, dans une cour intérieure couverte, permet d’accéder à tous les appartements et propose une forme de promenade architecturale à tous ses habitants.
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