Décrivant la villa Savoye comme « une véritable promenade architecturale », l’architecte Le Corbusier annonçait la couleur en décidant de mettre en scène l’intérieur de la maison et d’appliquer ses idées d’aménagement élaborées pendant plusieurs années avec l’aide de Jean Jeanneret.

Après avoir photographié la villa Savoye sur toutes façades extérieures dans le premier volet de ce reportage, emboîtons-donc le pas de Le Corbusier pour cette démonstration architecturale et découvrons en images cette villa conceptuelle de fond en comble…

L’architecture sous les feux de la rampe

La rentrée des classes chez les Savoye

Le rez-de-chaussée de la villa Savoye comporte deux entrées distinctes qui donnent dans un grand vestibule entièrement vitré :

  • L’entrée principale réservée aux maîtres des lieux est la plus large et se trouve face à une rampe d’accès en pente douce qui conduit au premier étage.
  • L’entrée la plus petite est destinée à la « classe » des domestiques et leur accès à l’étage se fait par un petit escalier en colimaçon.
Escalier en colimaçon dans le vestibulle de la villa Savoye

Ouvert et de forme hélicoïdale, l’escalier de Le Corbusier se déroule comme un serpentin avec sa rampe détachée du « ruban » qui relie les 3 étages de la villa.

Le reste du rez-de-chaussée est réservé au personnel de maison avec les deux chambres des domestiques, le studio indépendant du chauffeur accolé au garage ainsi qu”une buanderie-lingerie.

La rampe d’accès

L’idée originale de l’architecte était de mettre en scène la circulation à l’intérieur de la villa dès l’entrée grâce à une pente inclinée qui relie le rez-de chaussée au premier étage, forçant ainsi le cheminement et l’observation des éléments architecturaux de la maison.

Rampe inclinée à l'intérieur de la villa Savoye

Adepte des formes simples dans l’architecture, Le Corbusier intègre des ouvertures triangulaires de chaque côté de la rampe d’accès, ce qui accentue la perspective.
Les deux plans inclinés qui la constitue s’inscrivent eux aussi dans un triangle.

Escalier en spirale au premier étage de la villa Savoye
Baie vitrée triangulaire dans la villa Savoye

Au sommet de la rampe intérieure, au premier étage, deux ouvertures permettent d’observer les ordonnances de l’architecture :

  • Une ouverture entre deux colonnes, un peu comme une scène de théâtre, permet d’admirer une nouvelle fois le déroulement de l’escalier, véritable pièce maîtresse de la villa.
  • A l’opposé, une grande baie vitrée triangulaire permet de voir le prolongement de la rampe à l’extérieur et le toit-jardin laissant présager de la suite de la promenade architecturale.

Le toit-jardin

L’accès au « jardin suspendu » de la villa se fait soit par une porte en haut de la rampe intérieure soit du coté du « jardin couvert » en venant du bureau-boudoir, attenant à la chambre des maîtres des lieux.

Partie couverte de la terrasse de la villa Savoye

Cette partie couverte aussi appelée le kiosque dispose de fenêtres protégeant l’espace abrité des aléas climatiques.

Rampe d'accès au solarium de la villa Savoye

La ballade architecturale dans la villa de Le Corbusier se poursuit assez logiquement à l’extérieur par un cheminement par la rampe qui se prolonge à partir du toit-jardin.
A l’origine, les joints entre les dalles de ciment était engazonnés.

Rampe d'accès au solarium

Au 3ème étage on atteint le toit terrasse qui fait office de solarium et qui est protégé sur la façade Nord-Ouest par des murs en partie hémisphériques.

Intérieur de l'escalier hélicoïdal de la Villa Savoye

La descente à l’intérieur de la villa à partir du solarium est aussi possible par l’escalier de service laissant admirer au passage cette ouverture en demi-lune.

Scénographie de la lumière

Ce qui participe à la modernité de la villa Savoye, outre son architecture nouvelle et innovante en 5 points, c’est la part faite à la lumière naturelle à l’intérieur de la maison.

Les baies vitrées donnant sur l’immense terrasse y contribuent, ainsi que les fenêtres-bandeaux qui encerclent la Villa Savoye dans son ensemble, comme aussi les nombreux lanterneaux intégrés par Le Corbusier pour éclairer des espaces intérieurs sans fenêtres.

La lumière naturelle

Avec une telle variété d’éclairages, votre guide pérégrinateur de ce blog, photographe d’architecture, peut essayer de jouer avec des reflets et des contrastes de lumières pour vous donner peut-être l’envie de venir faire aussi cette promenade architecturale ?

Vue à travers la baie vitée du séjour à partir de la terrasse

Cette prise de vue de l’extérieur, objectif collé à la baie vitrée du séjour me permet d’incruster sans montage photo le ciel à la place du plafond.
Les internautes aux yeux les plus acérés pourront apercevoir dans l’image deux ersatz de fantômes : une partie du photographe et une possible réincarnation de la dame de la villa Savoye…

Les baies vitrées

Le Corbusier ne se prive pas d’utiliser de très grandes ouvertures pour inonder de lumière naturelle toutes les pièces à vivre.

Aux grandes fenêtres en bandeaux couvrant toutes les façades de la villa Savoye, s’ajoutent les baies vitrées donnant sur la terrasse du premier étage.

Baies vitrées sur la terrasse de la villa Savoye

La salle à manger-séjour donnant sur la terrasse dispose de fenêtres de tous les côtés et d’une baie vitrée immense de 9 mètres de long par 3 mètres de haut !

Les puits de lumière

Dans un précédent reportage photographique sur l’intérieur de l’église du couvent de la Tourette de Le Corbusier, j’avais mis en exergue l’utilisation des puits de lumière par Le Corbusier pour sacraliser un espace religieux.

Dans la villa Savoye les puits de lumière ont une fonction plus utilitaire et concernent plutôt de petits espaces. Néanmoins, il demeurent toujours autant photogéniques si l’on sait sous-exposer sa prise de vue.

Puit de lumière rectangulaire dans la Villa Savoye

A l’intérieur du couloir central intérieur assez étroit, le lanterneau permet de se passer d’éclairage artificiel et à l’époque il s’entrouvrait à l’aide d’une chainette, permettant de créer une circulation d’air pour une climatisation naturelle.

Puit de lumière dans la salle de bain parentale

Dans cette maison de conception très moderne pour 1931, chaque puits de lumière vient éclairer une zone précise comme dans la salle de bain de la suite parentale.

Les espaces à vivre et à dormir

La villa Savoye à perdu depuis longtemps son ameublement d’origine qui n’était pas de Le Corbusier.

Les meubles que vous pouvez apercevoir sur mes photographies sont présentés à l’occasion de l’exposition « sièges modernes » proposée par le Mobilier national et les manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie.

Salle de séjour

Intérieur du séjour de la villa Savoye

Le salon salle-à-manger de près de 90 m2 est donc remeublé par le Mobilier national à l’occasion des 90 ans de la villa Savoye. Il s’agit pour cette pièce de ré-éditions de créations de Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand.

Au plafond on aperçoit le système d’éclairage central indirect dans une forme en métal qui traverse toute la pièce.
Le Corbusier à utilisé ce système d’éclairage dans d’autres réalisations comme, par exemple, pour le réfectoire du couvent de la Tourette.

La suite parentale

A coté de d’une petite chambre d’enfant et d’une chambre d’amis se trouve la chambre la plus grande de la villa, une véritable suite parentale de 60m2 qui comporte un petit dressing accolé à une salle de bain privative ouverte, simplement séparée de l’espace de couchage par un rideau.

Salle de bain de la suite parentale dans la villa Savoye

La baignoire en carreaux de verre, d’inspiration orientale, se termine par une sorte de méridienne carrelée qui rappelle la chaise longue LC4 créée par Le Corbusier.

Chambre parentale dans la villa Savoye

L’alcôve formée par deux poteaux dans lequel se trouvait le lit des Savoye.
La chaise longue qui y est exposée est du designer français Pierre Paulin.

Le bureau boudoir

Bureau boudoir dans la villa Savoye

Dans le prolongement de la chambre se trouve une pièce multi-usages qui donne directement par une porte sur le kiosque, la partie couverte de la terrasse évoquée un peu plus tôt.

Ombre et lumière à la villa Savoye

Une tablette est intégrée sous la fenêtre qui fait face au séjour. Elle peut faire office de bureau ou de table de boudoir.
La vue sur le toit-jardin permet de d’apercevoir l’un des puits de lumière débouchant entre deux bacs de plantes et qui éclaire le garage du rez-de-chaussée.

Cuisine et dépendance

La cuisine est divisée en 2 espaces distincts.

Cellier couloir dans la Villa Savoye

L’entrée se fait via un couloir de service et de stockage, une sorte de cellier qui se trouve dans le prolongement du couloir central.

Intérieur cuisine à la Villa Savoye

La cuisine est vaste et lumineuse avec un double évier et des plans de travail sous les fenêtres, un meuble de rangement mural avec passe-plat et un précurseur de l’ilot central.
Elle comporte aussi à son autre extrémité d’une ouverture sur une petite terrasse extérieure privative.

La ballade architecturale intérieure de la Villa Savoye s’achève ici et, si ce n’est déjà fait, vous pouvez aussi découvrir le premier volet de ce reportage concernant l’extérieur de la maison.

Une « inhabitation » pour la postérité

Passé l’émerveillement de cette ballade architecturale, il serait difficile de passer à coté des défauts de cette villa prototype.

L’assureur pas rassuré

Peu importe aujourd’hui si l’administrateur d’une société d’assurances Pierre Savoye et sa femme Eugénie, commanditaires de cette villa, y aient peu longtemps séjourné.
Ils n’auront jamais été vraiment assurés de l’étanchéité des puits de lumière, ni des terrasses et des huisseries au point d’abandonner leur maison et d’intenter un procès à Le Corbusier en 1937.

Les infiltrations d’eau et autres défauts d’isolation auront eu raison de l’habitabilité cette villa pourtant innovante et progressiste.

Décadence et renaissance

Cette maison rapidement laissée à l’abandon par ses propriétaires aura connu une trajectoire peu commune, tantôt occupée pendant la guerre, tantôt squattée ou utilisée comme entrepôt…
Elle sera sauvée in extremis de la destruction grâce à la mobilisation du ministre de la Culture français André Malraux et d’un consortium international d’architectes.

Classée monument historique en 1965 puis au patrimoine mondial par l’Unesco en 2016 elle est définitivement rentrée dans notre patrimoine architectural français, laissant à nos musées nationaux la difficile et coûteuse mission de la conserver en état et de la restaurer perpétuellement.


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