La construction de Le Corbusier dédiée à la culture, projette sa forme trapézoïdale dans les airs comme une sculpture, campée solidement sur un socle en pierre.

Ses murs inclinés, sa toiture courbée et la composition de fenêtres et de panneaux colorés rendent le bâtiment unique, constituant une ultime contribution de Le Corbusier à l’architecture brutaliste du XXe siècle, puisqu’il s’agit de la dernière construction dont l’architecte à vu le gros œuvre terminé de son vivant.
L’édifice, érigé en 1965, est le seul, de l’ensemble architectural de Le Corbusier à Firminy, qui ait été classé au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2016.

Pour ce bâtiment multiforme, Le Corbusier se libère de quelques contraintes, et sa « Maison de la Culture et de la Jeunesse » s’affranchit un peu de son système de mesure, le Modulor, que l’architecte à mis au point dans les années 1950.
La construction respecte, pour autant, encore quelques points de « l’architecture nouvelle », avec son plan libre, ses pilotis et ses façades sans mur porteur.

L’architecte signe sa création avec le symbole d’une main ouverte et avec une fresque artistique sur l’un des pignons.

Un espace culturel multicolore

Façade en couleur de la maison de la culture de Le Corbusier

Disséminée par petites touches, à l’extérieur comme à l’intérieur, la couleur recouvre toutes les portes et panneaux en bois du bâtiment.

Le jaune, le rouge, le bleu et le vert sont les couleurs qui représentent pour Le Corbusier des « joies essentielles ».
Elles symbolisent trois points fondamentaux des règles d’urbanisme publiées par l’architecte dans sa charte d’Athènes : le soleil, l’espace et la verdure.
Ces trois éléments sont représentés de façon plus figurative, en façade de l’unité d’habitation de Firminy.

Les façades inclinées de la maison de la culture de Firminy-vert

La façade Est

Façade Est inclinée de la maison de la culture de Firminy

La façade Est, légèrement inclinée à 8°, est segmentée visuellement par 17 portiques transversaux en béton armé, ainsi que par de multiples bandes vitrées accompagnées de panneaux étroits en bois peints, dont certains sont de véritables volets pouvant s’ouvrir pour ventiler l’intérieur du bâtiment.

Façade Est de la maison de la culture de firminy

Les 16 travées de la maison de la culture s’avèrent rythmées par les fameux « pans ondulatoires », des compositions de fenêtres verticales inspirées de celles réalisées pour le couvent de la Tourette avec le compositeur-architecte Iannis Xenakis.

Façade Est de la maison de la culture de Le Corbusier

Les accès principaux se font directement au premier étage du bâtiment par des structures extérieures, soit par la rampe d’accès principale conduisant au hall d’accueil central, soit par deux petits escaliers de secours excentrés, reposant chacun sur un pilotis.
Le long de la façade, 16 bancs en béton aux parties supérieures arrondies viennent faire écho à la forme du toit.

Rampe de la maison de la culture à Firminy

La rampe d’accès est un moyen utilisé fréquemment par Le Corbusier pour permettre aux visiteurs d’apprécier son architecture, comme pour la promenade architecturale de la Villa Savoye.

Façade Nord-Est de la maison de la culture de Le Corbusier

Coté nord, le premier niveau du bâtiment laisse voir sa structure sur pilotis.

La façade ouest

Façade Ouest inclinée de la maison de la culture de Firminy

La façade Ouest avec son importante inclinaison de 53° épouse à distance la pente des gradins du stade d’athlétisme situés juste en face.

Pour cette Maison de la culture, Le Corbusier avait à cœur d’intégrer son architecture dans l’environnement.
Une petite falaise, reste d’une ancienne carrière de grès conservé par l’architecte, sert donc de promontoire pour sa construction élancée.
A comparer avec la spectaculaire construction de Marcel Breuer surplombant une falaise à Flaine.

Façade Ouest de la maison de la culture de Le Corbusier


Un filon de charbon apparent, qui affleure au milieu de la roche, vient relier symboliquement le bâtiment à l’histoire minière de Firminy.
À côté d’un escalier extérieur, une tour cylindrique cache un escalier à vis qui permet à des acteurs de rejoindre la scène d’un « théâtre de verdure ».

Gradins du théâtre de verdure
Les gradins du théâtre de verdure.

Le pignon sud, une histoire de coffrage

Pignon sud de la Maison de la Culture de Le Corbusier

Le Corbusier s’est souvent « amusé » à mettre sa touche artistique aux abords, ou directement sur ses constructions, comme pour la toute proche unité d’habitation de Firminy-vert.

Mais sur les plans d’origine de la maison de la culture, aucune fresque n’était prévue, alors qu’un escalier et quelques bandes vitrées devaient habiller ce flanc.

Les aléas de la construction ayant transformé ce pignon sud en façade aveugle, et alors que la partie inférieure du mur a déjà été coulée, le maire de Firminy, Claudius-Petit, demande à Le Corbusier d’ajouter quelques dessins en creux sur cette paroi.

Les travaux de bétonnage sont suspendus à mi-hauteur du mur, le temps d’ajouter le négatif d’une fresque dans le coffrage supérieur.
Après décoffrage, d’autres motifs en relief seront ajoutés sur la partie basse, inversant ombres et lumières.

Fresque de Le Corbusier à Firminy

La fresque de Le Corbusier représente les arts majeurs qui sont pratiqués dans l’enceinte de la maison de la culture : théâtre, peinture, sculpture et musique.

L’intérieur de la maison de la culture Le Corbusier

L’espace culturel abrite une bibliothèque et plusieurs salles dont un auditorium, une salle de spectacle, des salles d’arts plastiques et d’expression corporelle, et des salles d’exposition.

Poignée avec une main ouverte par Le Corbusier

La poignée de porte de l’entrée principale qui permet d’accéder au hall d’accueil au premier étage est signée par une figure chère à Corbusier : la « main ouverte ».
Il n’est pas le seul architecte à utiliser une main comme signature, puisque qu’à la même époque, Oscar Niemeyer intégre une sculpture de sa main sur le Volcan du Havre.

Le premier étage est traversé, comme les unités d’habitation, par une « rue intérieure », un large couloir, parsemé de portes et de volets d’aération colorés, qui longe les baies vitrées du coté Est.

Rue intérieure maison de la culture
Moquette et peintures de couleurs primaires sont restaurées comme à l’origine.

Le petit foyer

Un escalier central permet de relier le hall d’accueil au niveau inférieur pour rejoindre un « petit foyer » aux multiples usages.

Plusieurs portes colorées étroites donnent accès à six loges prévues pour les artistes du « théâtre de verdure » situé à l’extérieur.

Table de Le Corbusier dans la maison de la culture de Firminy

La table en béton incrustée de céramique qui fait office de garde-corps sous l’escalier du petit foyer est le seul mobilier conçu par Le Corbusier.

Petit foyer de la maison de la culture à Firminy

Dans la deuxième salle attenante, plus conviviale, la cheminée et le mobilier sont conçus par le designer parisien Pierre Guariche à partir de mesures tirées du « Modulor , comme pour les autres meubles présents dans le bâtiment.

Le grand foyer

Grand foyer de la maison de la culture à Firminy

Le grand foyer se transforme en salle de spectacle grâce aux gradins équipés de fauteuils repliables dessinés par Pierre Gariche.
L’entrée du public se fait par le haut et de grands rideaux noirs permettent d’occulter la lumière provenant des baies vitrées.

Les salles d’exposition

Salle d'exposition dans la maison de la culture

Dans les salles d’exposition, comme dans l’auditorium ou la salle de spectacle, les gradins reposent sur le mur autoportant à 53°, un angle très important et inhabituel pour des gradins.

Les plafonds simplement peints en blanc, pour mieux diffuser la lumière zénithale, laissent voir les câbles qui soutiennent directement les dalles du toit.

Une toiture, suspendue aux idées de Le Corbusier

On aurait pu trouver logique qu’une maison de la culture imaginée par Le Corbusier, qui accueille du public, puisse justifier d’avoir un grand toit terrasse, mais l’architecte a abandonné, pour cette fois, son toit plat, et s’est creusé les méninges pour produire son dernier ovni architectural.

La clef d’une voute inversée

Unique en son genre, la toiture en forme de voute inversée de la maison de la culture de Le Corbusier est soutenue par 132 cables de 18 m de long fixés sur des poutrelles de béton reliant les portiques transversaux.

En façade, de petites niches accueillent deux écrous, permettant, le cas échéant, de retendre les doubles cables.

Points de fixation des câbles du toit

Les cables supportaient, à l’origine, un toit composé uniquement de dalles de couverture en béton cellulaire étanchéisé de moins de 10 cm d’épaisseur. 

Cette spécificité constructive qui confère au toit une certaine souplesse en le laissant bouger, a engendré au fil du temps, de sérieux problèmes d’étanchéité.

Si les câbles étaient tendus de telle sorte qu’ils transformaient le toit en un immense chêneau, l’évacuation des eaux était imparfaite à cause des 2 uniques gargouilles placées aux extrémité du bâtiment, à plus de 100 mètres de distance.

Escalier avec table de Le Corbusier

Le toit mouvant, avec son « chemin des eaux » extrêmement simple, constituait le talon d’Achille de la structure, qui pouvait être encore plus mise en danger l’hiver, en cas d’accumulation de neige

À comparer avec le chemin des eaux plus sophistiqué de l’église conique imaginée par Le Corbusier, située à une centaine de mètres de là.

Une toiture rénovée, en surcouches

En 50 ans, la toiture a connu deux rénovations importantes visant à corriger ses problèmes d’étanchéité et à ajouter une isolation thermique, qui n’était pas une préoccupation essentielle lors de la conception du bâtiment.

La plus récente, qui date des années 2010 devrait permettre d’améliorer de façon plus durable la toiture.

La gestion des eaux pluviales a été revue et corrigée, avec la création d’un vrai chêneau, courant sur toute la longueur du bâtiment, dans la partie basse de la toiture, et avec l’ajout de cinq descentes intérieures qui viennent compléter les deux gargouilles déjà existantes. L’eau de pluie ainsi recueillie est évacuée beaucoup plus efficacement et ne risque plus de stagner sur une partie du toit.

Les problèmes d’isolation et surtout d’étanchéité qui menaçait l’édifice, sont corrigés avec des surcouches de matériaux :
Les dalles de béton cellulaires sont recouvertes d’un pare vapeur et d’un isolant en laine de roche de 12 cm, puis d’une chape en bitume armée de 4 cm d’épaisseur soudée à chaud et enfin, d’une membrane caoutchouc synthétique.

Les câbles, restés en bon état, probablement parce qu’il étaient à l’intérieur à l’air libre, peuvent supporter sans encombre ces nouveaux matériaux relativement légers, qui font tout de même pratiquement tripler l’épaisseur du toit d’origine !

Cette mise à niveau de l’étanchéité n’est pas sans rappeler celle que j’avais relatée pour la voute du Cnit à Paris.

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